(Reprint of an review by Jean Vermeil en ",,,"")

Uros Rojko - Chamber Music

L'enchantement Hussong se poursuit. Après son mémorable "S. H. plays John Cage" (DENO CO-18069, 1997), l'accordéoniste fin et tendre de la contemporaine nous offre un nouveau plaisir: Ia découverte d'un compositeur slovène Uros Rojko. C'est un acompIissement à l'alIemande, que le disque de John Cage préparait. En effet, l'essentiel de la musique nouvelle d'outre-Rhin tourne autour d'une sorte de transposition du "minimalisme" de l'école de New York des annnées soixante-dix, Feldman, Cage, Wolff. Cette tendance s'incarnait, à la génération précédente, par l'expérience du flûtiste Eberhard BIum, partagé entre New York et Berlin. L'influence touche maintenant la composition.

Rojko a appris du meilleur de l'Allemagne (Fribourg), Huber, Lachenman et du meilleur en Europe: Ferneyhough, Ligeti. Il y a là toujours et encore désir de surmonter le poids sans cesse plus lourd du passé par un imaginaire d'emprunt. Ainsi fonctionnne, dans le secteur hautement identitaire de l'automobile, la captation par l'Allemagne du chic anglais via Rolls et Bentley ou français via Bugatti. Mais les Etats-Unis de l'école de New York furent, en réaction à ceux de la filière brucknérienne, ceux de la subtilité et badinage intellectuel, filiation de Satie et Débussy, voire du Schoenberg américanisé. Alors, l'Allemagne insuffle à cette veine plutôt française, qui lui évite aussi de nous dévoir trop visiblement quelque chose, une dimension (un poids) métaphysique. Le dépouillement est devenu décharnement, le sourire est celui de la mort. La faute réapparait, dans une esthétique à la Giacometti … Tout ceci a déjà eu lieu, sans le détour étazunien, lorsque notre fauvisme, le Gaillard petit-fils de Cézannne, devint en Allemagne le douloureux expressionisme.

Mais ces graves propos cèdent vite devant le charme de Stefan Hussong. Il a la doucuer des légendes d'un Bruno Ganz récitant Peter Handke pour Wim Wenders ("Les ailes du désir"). Il nous offre une enfançe qui s'émerveille, comme cet enfant Oskar de Günter Grass qui voudrait avoir retenu le temps méchant avec le roulement de son tambour. Quelques pièces interprétées par un autre très bon accordéoniste, Hugo Noth, nous rassurent: interprétée par un autre, sans une approbation aussi talentueuse, la musique de Rojko fonctionne bien. Soulignons entre autres l'extraordinaire timbre du duo à l'unisson (fusion) entre l'accordéon et l'alto.

La tentation du tango, en hommage à Piazzolla, ne tient pas tout à fait les promesses du reste du programme. Il faudra encore un peu plus d'exigence à l'auteur pour ce que ce "genre" rejoigne dans la "grande" musique les bourrées et autres lourés de Bach cie.

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